Lecture
La pensée architecturale d’Auguste Perret est toute entière dédiée à la recherche d’un ordre neuf, dont l’objet est de définir un caractère architectonique propre à la découverte alors récente que constitue le béton armé. En ce sens, sa production témoigne d’une démarche radicalement innovante et marque une scission avec les traditions constructives de l’époque. Parallèlement à cette constatation, elle est aussi perçue comme une démarche classique, à la suite des idées de Viollet-Le-Duc entre autres. Il s’agit toutefois d’une pensée intrinsèque à la discipline – qui concerne le projet d’architecture. Œuvre de rupture et de continuité à la fois, l’architecture d’Auguste Perret affirme une portée universelle et s’inscrit dans une généalogie de projets qui, par une filiation commune, engagent le dispositif spatial comme outil architectural prédominant.
Prospective
Le travail que nous avons mené se positionne en écho à l’œuvre d’Auguste Perret plutôt qu’en terme de citation littérale, et présente un double objectif : ouvrir une dimension prospective large et interroger par le projet la condition intrinsèque de l’architecture. C’est sur ce point que nous avons identifié l’apport majeur d’Auguste Perret à l’histoire de l’architecture. Au départ de lectures critiques et d’analyses de projets – 24 textes et 100 bâtiments historiques ou actuels, nous avons exploré le terrain de l’expérimentation du langage architectural ; structure, forme habitable et construction.
Manipulation
Une série de thèmes traversent l’œuvre d’Auguste Perret – la modénature, l’abri souverain, l’inclusion d’un espace dans un autre, l’expression structurelle etc. Ces thèmes constituent les éléments fondamentaux du répertoire architectural de l’architecte ; on les retrouve sur chacun des projets, déterminant à des degrés variables la configuration des édifices. Nous avons attentivement observé les huit chefs-d’œuvre qui constituent la présente exposition, de manière à en dégager huit thèmes forts. Selon le principe d’une dissection à caractère architectonique, les huit sujets ont été isolés les uns des autres. Chacun forme le point de départ d’un projet singulier, de même que l’ensemble des propositions installe un lien de connivence avec la démarche globale de l’architecte : la colonne, la modénature, l’ossature, l’abri, le cabinet, la pièce, le portique et la voûte.
Héritage
L’optique dans laquelle nous avons développé le travail de l’atelier propose donc de basculer la question de l’héritage (qui parfois semble une finalité en-soi) vers des enjeux actuels plus ouverts, stimulant ainsi une pensée active dont les mécanismes sont alimentés par l’ambition de saisir le temps présent, autant que l’envie d’en découdre et la volonté de prendre des risques. Les projets présentés dans l’exposition évoquent des proto-architectures et des potentiels habitables plutôt que des bâtiments finis ; les structures offrent des disponibilités d’usage et suggèrent des pratiques possibles, à l’inverse d’une réponse architecturale conformément faite à un programme fixe. Par la mise à jour de cette réflexion, il s’agit de produire des environnements dont la valeur réside à la fois dans la précision du dispositif architectural et le caractère indéterminé de leur occupation. C’est probablement là que réside le plus bel hommage que l’on pouvait rendre au travail d’Auguste Perret.